Le dispositif VAE ne fonctionnera qu’à deux conditions

Le dispositif de Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) constitue une voie crédible d’amélioration de la professionnalisation et donc de l’employabilité des individus. (voir la définition officielle de la VAE)

L’objectif louable consiste à valoriser le potentiel d’un individu et à le rendre visible via un diplôme ou un titre. Valoriser l’expérience professionnelle par le biais d’un diplôme ou d’un titre permet de répondre à certaines exigences de recrutements internes ou externes dans les entreprises, et plus globalement à faciliter une évolution professionnelle.

Pourtant, les faits ne corroborent pas l’objectif initial : les individus sont globalement peu nombreux à s’engager dans ce dispositif. Dans le même temps, le taux de validation d’environ 60% en 2014 (Nb VAE présentées / Nb de VAE validées), sur la base des chiffres du Ministère, reste trop faible pour être incitatif.

« Le dispositif VAE est donc sous-utilisé au regard de son potentiel et de son intérêt. »

Plusieurs axes de réflexion peuvent être avancés pour comprendre ce relatif échec et pour tenter de lever les freins du dispositif.

Les causes d’échec ?

lisibilité-formation-profil-individu-competencesD’un côté, l’individu a des difficultés à identifier les compétences dont il dispose et qui pourraient correspondre à un diplôme ou à un titre.

De l’autre, l’individu se heurte à un manque de visibilité des compétences requises pour l’obtention du diplôme/ titre.

Ces deux obstacles rendent les projets VAE et l’accompagnement longs et incertains quant aux conditions de réussite face au jury.

Les voies d’amélioration

Deux questions clés qui sont liées, résument les pistes d’amélioration du dispositif pour le rapprochement entre les compétences de l’individu à un instant T et celles visées pour l’obtention du diplôme ou titre via le dispositif de la VAE :

  • A quel diplôme ou titre puis-je prétendre au regard de mes compétences ?
  • Quel est le socle de compétences attendu en sortie de VAE, à valoriser devant le jury pour répondre aux exigences du diplôme/titre visé ?

Voici deux questions essentielles auxquelles il est, aujourd’hui, quasiment impossible de répondre tant pour l’individu que pour celui qui l’accompagne dans la démarche VAE.

Or, l’enjeu est de taille puisque les compétences détenues par un individu vont permettre de définir le périmètre des diplômes qu’il lui est possible de viser et de définir les actions de formation qui lui permettraient d’acquérir les compétences manquantes.

1/ Le profil compétences

Pour exprimer sa capacité à faire, un individu s’appuie principalement sur l’ensemble de ses expériences et des fonctions qu’il a exercées. Or, avec les outils dont il dispose aujourd’hui, un salarié, un étudiant ou un demandeur d’emploi ne saurait caractériser son expérience autrement qu’avec des intitulés de postes et/ou de diplômes.  Et cette définition du profil ne propose pas un degré de précision suffisamment élevé pour prodiguer des recommandations précises.

Il est nécessaire que le candidat à une formation s’appuie sur un langage plus fin et clair pour valoriser son parcours. L’approche plébiscitée depuis plusieurs années : inviter l’individu à expliciter ses expériences avec les compétences qu’il a mobilisées. Cette approche compétences fait consensus dans la mesure où elle est intégrable par toutes les parties prenantes du marché de l’emploi (Formations, Entreprises, Opérateurs).

Dans le cas de la VAE, l’approche compétences pour la description du profil d’un candidat permet à Conseiller en Evolution Professionnelle ou un organisme d’accompagnement pourra percevoir les forces du profil et ses perspectives d’évolution. Le fait de mettre en visibilité toutes les compétences mobilisées au fil de son parcours, lui permettrait de mieux cartographier le champ des possibles.

2/ La lisibilité de la formation en compétences et le choix de modules de formation complémentaires

En parallèle, la lisibilité du contenu de l’offre de diplômes/titres et donc de leur déclinaison en compétences n’est pas bonne. Souvent, les formations mettent en avant des intitulés thématiques permettant de situer à peu près les enjeux du parcours proposé. Mais, en réalité, aucune lecture précise des savoirs et des savoir-faire délivrés par la formation n’est disponible. Cela implique que les candidats à ces cursus ont beaucoup de mal à cibler un diplôme ou titre, car ils n’ont aucun élément de comparaison concret avec leur profil de compétences.

La problématique est la même pour les accompagnants, que ce soit les acteurs de la formation continue ou les acteurs de l’emploi qui assurent un conseil en évolution professionnelle.

Le CNEFOP, dans son rapport d’analyse du dispositif « Compte Personnel de Formation » (CPF), qui vise lui aussi, à mettre en lien des individus avec des formations, dénonce un manque de communication similaire : « [On note] des difficultés techniques qui perdurent pour consulter « sa » liste de certifications éligibles et pour connaître l’offre associée. […] L’information sur les certifications devrait systématiquement préciser les contenus des formations en termes de compétences« . (Voir le rapport d’analyse complet)

Pour permettre à un individu de comparer son profil compétences avec les contenus de formations proposées, il semble essentiel de traduire ces formations en compétences. Cela lui permettrait de déterminer quelles compétences clés sont à valider devant le jury pour ambitionner l’obtention du diplôme/titre.

Si l’écart est très minime, le candidat est conforté dans son projet et pourra formuler les contextes d’acquisition des compétences clés du diplôme/titre. Si l’écart est plus conséquent, il reviendra au candidat de compléter par des modules de formation cet écart. Cela peut également l’aider à déterminer un horizon temporel.

Conclusion

L’optimisation et le succès du système de la VAE semble s’appuyer sur trois types de données indissociables :

lisibilité-formation-profil-individu-competences-2Les profils de compétences des individus concernés, la déclinaison en compétences des diplômes/titres et enfin une offre de modules de formation déclinés en compétences pour compléter les écarts de niveaux. Mis en relation, ces trois éléments paraissent être une voie d’avenir de par la précision qu’ils apportent à l’individu sur le choix du diplôme/titre et sur son potentiel de réussite.

De manière générale, cela permettra d’œuvrer vers de meilleurs résultats quantitatifs et qualitatifs du dispositif VAE.


Depuis plus de 5 ans, Skilvioo accompagne les organismes de formation dans la traduction de leurs référentiels en compétences pour améliorer leur lisibilité et leur précision.

Pour découvrir notre méthodologie et les fonctionnalités de notre application, rendez-vous sur notre site internet.


Stéphane HD

Stéphane THIVIN
Co-fondateur et Responsable Recherche et Développement chez Skilvioo

Publicités

4 réflexions sur “Le dispositif VAE ne fonctionnera qu’à deux conditions

  1. Analyse complète, merci ! Mais avez-vous déjà abordé la question avec « les officiels » ? Les changements doivent venir de plus haut, car seul un conseiller en évolution professionnelle dispose de trop peu de moyens.

    J'aime

  2. Pingback: Responsable de l’Employabilité : un nouveau métier à développer avant 2030 | Skilvioo Blog

  3. Pingback: Innover dans l’accompagnement à la certification professionnelle. | Skilvioo Blog

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s