Responsable de l’Employabilité : un nouveau métier à développer avant 2030

« Quel est votre taux d’insertion professionnelle 3 mois après la formation ? » 80, 85, 90, 95% ?
Les organismes de formation rivalisent de grands chiffres et d’ingéniosité lorsqu’il est question de démontrer l’efficacité de leur dispositif de formation. Elles nous montrent que leurs étudiants s’insèrent sur le marché du travail, qu’ils trouvent le fameux Contrat à Durée Indéterminée (CDI), que les niveaux de salaire dépassent les moyennes ou encore que leurs apprenants sont insérés professionnellement en l’espace de 3 mois après la fin de la formation.

L’écosystème Emploi-Formation en pleine mutation

Suivre une formation aujourd’hui pour s’assurer de rejoindre un métier, demain, c’est le parcours classique ; pour ne pas dire logique. Encore faut-il que le métier visé soit toujours demandé…

Lorsque l’on sait que 60% des métiers exercés en 2030 n’existent pas encore(1), on peut légitimement s’interroger sur le sens donné à l’insertion professionnelle. Comment qualifier une insertion réussie ? Mes apprenants développent-ils les compétences réellement demandées par les employeurs ? Le premier CDI atteste-t-il encore aujourd’hui d’un parcours bien lancé ? Si 90% de mes étudiants trouvent un emploi 3 mois après leur formation, le même contingent sera-t-il capable de s’adapter à l’évolution des métiers ?

Mon quotidien m’amène à côtoyer les acteurs qui composent les organismes de formation : les Directeurs de Formation, les Responsables Pédagogiques, les Responsables des Relations Entreprises. Quoi qu’on en dise, chacun travail sur son sujet et les ponts entre les acteurs sont trop faibles, quand ils ne sont pas inexistants. In fine, les étudiants s’insèrent mais combien de temps resteront-ils en poste ?

Pour ceux qui ne sont pas du milieu, rassurez-vous, les dispositifs pour renforcer notre employabilité une fois en emploi ne manquent pas : du bilan de compétences, à la validation des acquis d’expérience (VAE), en passant par la formation tout au long de la vie, tout y est. L’Etat nous garantit un retour sur les bancs de l’école, pour renforcer notre capacité à acquérir ou à conserver des compétences pour trouver ou garder un emploi.

Cependant l’évolution de l’économie et des métiers qui la composent s’accélère. Le monde change à vive allure. S’y préparer nécessite d’anticiper ces mutations. Sans quoi les engrenages complexes de l’écosystème Emploi-Formation menacent de se bloquer. Chômage, précarisation, inadéquation des compétences… Nous connaissons les tristes conséquences économiques qui découlent du manque de collaboration entre les acteurs de l’emploi et de la formation.

Un nouveau métier : le Responsable de l’Employabilité

Ces observations m’amènent à vous partager une intuition. J’ai le sentiment que la mission du Responsable de Formation doit évoluer. Afin d’anticiper les évolutions de l’économie, le Responsable de Formation doit accroitre ses missions de veille sur les nouveaux métiers, être le liant des différents professeurs, intervenants ou responsables des relations écoles-entreprises et accompagner les apprenants à comprendre ces évolutions afin de savoir comment s’y adapter. Parlons donc de ce nouveau métier qui serait celui du Responsable de l’Employabilité.

Pour commencer, redéfinissons la notion même d’employabilité et ensuite regardons de plus près les missions du Responsable de l’Employabilité. Selon moi, l’employabilité devrait être comprise comme « la capacité d’une personne à identifier, acquérir et à conserver des compétences qui lui permettront de trouver, de garder, voire de créer un ou des emplois ».

  1. Le Responsable de l’Employabilité : facilitateur d’identification des compétences des apprenants

    40% des responsables de formation interrogés déclarent ne pas avoir de dispositif d’accompagnement(2) dédié à la professionnalisation des apprenants. Dès lors, nous pouvons légitimement nous demander quelle est la place de l’identification des compétences et des processus d’accompagnement à l’insertion dans les dispositifs de formation ?

    Une des missions du responsable de l’employabilité sera dès lors d’aider les apprenants à identifier les compétences qu’ils développent ou détiennent afin de trouver ou de créer leur premier emploi.

    Force est de constater que les Responsables de Formation sont demandeurs de cette évolution. Selon une récente étude réalisée par Skilvioo, seul 6% des directeurs de formation sont équipés des nouvelles technologies pour suivre le développement des compétences de leurs étudiants. Ils sont pourtant 80% à être demandeur d’une telle solution.

  2. Le Responsable de l’Employabilité : garant de l’individualisation des parcours

    La première mission étant menée à bien, le Responsable de l’Employabilité peut maintenant aiguiller les étudiants, et les inviter à suivre des modules de cours adaptés à leurs projets professionnels et/ou aux activités demandées par le marché de l’emploi.

    La condition sine qua non ? Fuir les fiches PDF poussiéreuses ou les classeurs Excel trop complexes. Ils sont difficilement mobilisables et les étudiants ne les conservent pas dans le temps.

    Une des clefs de réussite se trouve donc dans la digitalisation des référentiels de compétences des cours et des métiers visés. En articulant les référentiels au portefolio de compétences des étudiants, le Responsable de l’Employabilité va accroître la lisibilité de ce que l’étudiant peut venir chercher dans tel ou tel module et ainsi individualiser la formation.

    Dans quelques établissements précurseurs, cette digitalisation du catalogue de cours est déjà à l’œuvre et permet le rapprochement entre :

    • Les compétences à développernon pas pour rejoindre un métier, mais pour que l’étudiant puisse s’engager dans une activité professionnelle recherchée ;
    • Les compétences apportées par le module de cours ;
    • Et enfin les compétences que l’apprenant a déjà.

     

    La place du Responsable de l’Employabilité est celui d’être un guide qui renforce l’orientation des étudiants.

  3. Le Responsable de l’Employabilité : accompagnateur du projet professionnel de l’apprenant

    La troisième mission phare du Responsable de l’Employabilité va être d’accompagner les étudiants dans l’élaboration de leurs projets professionnels.

    L’identification des compétences et l’individualisation des parcours académique va permettre de révéler toutes les expériences vécues et les compétences associées durant les stages (de fin d’études), les simulations de gestion, les cas pratiques, les projets entrepreneuriaux, ou encore l’engagement associatif. Autant d’informations qui permettent au Responsable de l’Employabilité d’avoir la visibilité nécessaire sur le profil des apprenants et ainsi être en mesure de les aider à capitaliser sur chaque expériences afin de mieux se construire un projet professionnel.

    Le Responsable de l’Employabilité a ainsi pour rôle d’amener les étudiants à être force de proposition dans leur recherche d’emploi, à questionner les besoins des entreprises. Ce questionnement doit, in fine, aboutir à une adéquation entre, d’une part les compétences de l’apprenant et, d’autre part, les compétences que l’entreprise recherche. En d’autres termes, la construction du projet professionnel passera par la mise en perspective des savoirs, et des savoir-faire par rapport à un besoin décliné en compétences.

    Le rôle du Responsable de l’Employabilité est alors d’aider l’apprenant à adopter une posture réflexive sur ses expériences pour capitaliser sur chacune d’entre-elles et ainsi être en mesure proposer une mission, un poste, voire un nouveau métier.

Pourquoi attendre ?

Ces nouvelles missions permettront plus certainement de garantir à nos concitoyens de s’insérer efficacement, non pas seulement sur un métier, mais dans une économie où ils sont les acteurs des évolutions en cours. Voulez vous vraiment attendre 2030 pour le découvrir ?

« Le meilleur moyen de prédire l’avenir, est de le créer »
Abraham Lincoln


(1) : Livre blanc Adecco, Septembre 2016 (http://www.groupe-adecco.fr/digitalisation-robotisation-reinventer-les-metiers/)
(2) : Etude réalisé par Skilvioo en 2016 sur 900 étudiants et 90 responsables de formation d’écoles d’ingénieur, universités et écoles d’ingénieurs. (Lire « Mon Diplôme Ne Suffira Pas »)


Micha vectoriel

 

Michaël ELLERT
Associé chez Skilvioo
Profil Linkedin

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